Partager l'article ! L'ENJEU CULTUREL : NOUS SOMMES TOUS CONCERNES (1/5): Pourquoi parler de culture ? Pourquoi parler d’enjeu culturel ? On pourrait ...
LES YEUX OUVERTS
Etre (in)formé, c'est être libre !
Pourquoi parler de culture ? Pourquoi parler d’enjeu culturel ? On pourrait en effet parler plus facilement aujourd’hui d’enjeu économique ou financier ou encore écologique. Pour
la plupart de nos contemporains et encore plus de nos « élites » politiques, seules ces questions sont pertinentes alors que la culture est souvent associée à un espace de parfaite
liberté où rien n’est à défendre ou conquérir parce-que tout y est déjà permis et gagné. A quoi bon s’intéresser à la culture : il y a des
choses plus importantes !
Pourtant, on peut constater aisément que bon nombre d’expressions artistiques, intellectuelles, pédagogiques servent davantage le scandale et la provoc que l’édification des personnes. La culture est très souvent en tout cas l’expression d’un fourre-tout où se côtoient sans échelle de valeur les chefs d’œuvres éminents de notre patrimoine, les starlettes des séries télévisées et les formes les plus aiguës de la provocation.
Si l’expression « enjeu culturel » n’est pas immédiatement compréhensible par tout à chacun, il reste en chaque conscience préoccupée du bien commun une petite voix qui alerte sur le danger que court aujourd’hui la vie de l’esprit chez nos contemporains, au travers des expressions culturelles qui leur sont offertes le plus souvent et l’indigence et la superficialité de bien de maîtres à bien penser.
La Culture : définition et
débats
Avant même d’aller plus loin, il y a lieu en effet de définir ce qu’est la culture, à la fois attribut de la personne et expression d’un environnement social global fait à la fois de valeurs et de coutumes.
Culture de la personne
Le premier sens du mot culture est hérité de l’humanisme antique, la « cultura animi » de Cicéron qui désignait une domestication intérieure à la personne. Ce que Henri HUDE traduit par « l’action par laquelle l’homme cultive l’homme…ce travail de l’homme sur lui-même, ce travail d’éducation de l’homme par l’homme, grâce auquel la nature humaine croît»[1]
Ce que Jean-Paul II traduit en « la culture est ce qui fait en l’homme l’humain…ce par quoi il accède davantage à l’être ».
Ainsi, dans cette perspective, peut-on dire que la personne humaine peut être cultivée comme l’est la terre, c’est à dire nourrie et travaillée pour croître, prospérer, donner du fruit, selon sa nature.
Si un sol cultivé puis laissé à l’abandon retourne inéluctablement à l’état sauvage, ainsi une personne dont l’esprit a peu reçu restera dans un niveau d’inculture intérieure, voire retournera à la sauvagerie. ( Cf Les « sauvageons » de JP Chevènement ).
Pour définir plus précisément la culture intérieure, il faut faire appel à Jean-Louis HAREL[2].
Pour Jean-Louis HAROUEL, la culture développe 3 sens intérieurs à l’homme :
Le sens intellectuel : capacité à saisir le vrai
Le sens artistique : capacité à saisir le beau
Le sens moral : capacité à saisir le bien.
Cette approche clarifie considérablement l’action de la culture sur la personne. Ainsi peut-on dire que la culture est à la fois un processus d’acquisition, le résultat de ce processus, et l’ensemble des œuvres qui servent ce processus.( ex des essais de MONTAIGNE )
D’où il ressort que la culture ne se limite pas à un savoir pur et simple mais qu’elle est davantage et même avant tout une qualité d’esprit. C’est plus la tournure de l’intelligence que la mémoire qui fait la culture.
« La culture, c'est ce qui demeure dans l‘homme lorsqu'il a tout oublié » Edouard HERRIOT, Ancien Maire de Lyon.
La culture collective
La culture, par ailleurs, se fonde toujours sur du réel, un héritage, un environnement qui créent eux-mêmes un lien particulier entre ceux qui subissent cette influence commune. C’est le second sens du mot culture et que l’on trouve dans tous les bons dictionnaires et dont l’origine est issue de l’anthropologie anglo-saxonne, désigne l’environnement de signes, de valeurs et de coutumes qui organisent la façon de vivre et de se comporter en société.
Selon cette vision, chaque groupe humain a une culture faite de mœurs et de règles propres que le regard de l’anthropologue enregistre sans hiérarchie.
Il ne faut pas confondre cette définition avec le sens originel. Dans la première définition il est fait clairement référence à une qualité positive et à une culture fondée sur une sélection. Dans la seconde définition, tout appartient à la culture, il n’y a pas de hiérarchie, et tout est culture.
Le danger de cette seconde approche est bien évidemment d’attribuer aux cultures diverses la capacité de servir de façon équivalente la culture. Et cette approche est loin d’être la moins répandue.
La pensée égalitariste ou le politiquement correct ne se sont pas privés d’utiliser le terme valorisant de culture pour proclamer l’égalité humaine de toutes les cultures, des plus archaïques et barbares aux plus évoluées. ( les incas, la culture holligan/culture de cambridge...).
Si on doit reconnaître que l’environnement influence l’homme, on doit aussi admettre que l’homme conserve la capacité d’être l’acteur de sa propre culture et de son environnement culturel.
Il existe une interaction entre les 2 niveaux de la culture.
La question de la culture est donc d’une importance capitale :
sur la formation des esprits
sur la vie en société
sur le destin que choisissent de se donner les personnes et les groupes humains.
Il y a par conséquent un enjeu culturel à bien former son esprit et son âme
Il y a par conséquent un enjeu culturel à tenir compte du bien fondé ou pas de la façon ou pas dont « les cultures » servent « la culture »
Mais l’enjeu culturel ne s’arrête pas là, la culture étant devenue un
champ de bataille et de lutte pour la manipulation des esprits, ce que l’on peut appeler la guerre culturelle.
[1] « Ethique et politique », éditions universitaires, 1992, coll. « Philosophie Européenne »
[2] « Culture et Contre-culture », PUF, Paris, 1994, Coll. « Politique d’aujourd’hui ».
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