Vendredi 16 juillet 2010
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Le vrai
problème
Le problème du financement des retraites est un vrai problème dans la
mesure où le déclin démographique et l'allongement de l'âge de la vie menacent mécaniquement la pérennité des régimes par répartition. A défaut de s'attaquer à la cause principale du déséquilibre
(une natalité insuffisante), l'État est contraint de prendre des mesures de rafistolage à court terme nécessairement désagréables. Mais pour conserver des chances d'être réélue, l'équipe au
pouvoir ne peut pas prendre les mesures énergiques qui s'imposeraient à long terme.
Afin de maintenir le système de retraites dans le cadre actuel, trois solutions sont techniquement possibles.
Ni plus ni moins. Elles constituent un "triangle maudit" car quelle que soit l'option retenue, la potion est amère et toute proposition gouvernementale ne peut que susciter l'ire des syndicats et
de l'opposition. Première solution : augmenter les cotisations. En temps de crise, ce remède peut provoquer des dégâts collatéraux fort indésirables. Deuxième solution : diminuer le montant des
pensions. Pilule aussi peu goûteuse que la précédente, et politiquement dangereuse lorsque le corps électoral devient majoritairement âgé. Reste la troisième solution : augmenter la durée de
cotisation et retarder l'âge de la retraite.
C'est, sans surprise, le choix retenu par Nicolas Sarkozy avec le gouvernement Fillon, en repoussant l'âge
légal de départ jusqu'à 62. Compte tenu de l'augmentation de l'espérance de vie, rien ne justifie la cessation d'activité à 60 ans. La France est le seul pays européen à fixer la barre aussi bas.
L'Allemagne, la Belgique ou l'Italie ont relevé l'âge légal de départ à 65 ans (pour les hommes).
Le faux
problème
Cependant, tel qu'il est posé actuellement, le problème des retraites
est un faux problème. En effet, on s'interdit de remettre en cause un tabou plus important encore que le "tabou des "60 ans" : le principe d'un âge de départ valable pour tous, quel que soit le
métier exercé. Dénoncer l'absurdité de ce tabou reviendrait en effet à s'en prendre à un autre, plus massif encore : celui de la Sécurité sociale, pilier de notre prétendu "modèle social"
français.
Bref rappel historique : après la destruction par la Révolution des institutions protectrices (corporations,
compagnonnage, confréries... ), des chrétiens (syndicalistes ou patrons) ont pris au XIXème siècle l’initiative de créer des mutuelles de métiers et d’entreprises, des caisses d’assurances, de
retraites et d’allocations familiales pour répondre à des besoins concrets, proches, tangibles. A partir de ce premier espace de solidarité qu’est la famille, il est naturel que plusieurs
familles s’associent, que les travailleurs se gardent des risques propres à leur métier ou à leur région. Solutions illustrant sur un mode très concret l’attachement aux communautés vivant la
subsidiarité et la solidarité au quotidien.
En 1945, les communistes parvinrent à imposer au gouvernement provisoire dirigé par De Gaulle la
nationalisation des nombreuses caisses existantes. Un syndicaliste chrétien tel que Gaston Tessier avait deviné, de manière prophétique, les conséquences de l’institution du monopole de la "Sécu"
: irresponsabilité, gabegie, injustice.
Or dans une organisation de la société conforme à doctrine sociale de l'Église, ce n'est pas l'État qui
fixerait autoritairement un âge de départ à 60, 62 ou 65 ans. Chaque communauté professionnelle choisirait l'âge et les modalités qui conviennent. Et l'on peut comprendre que l'âge de la retraite
du mineur de fond ne soit pas le même que celui du professeur d'université. (J'écris cela en pensant à l'historien et sociologue Émile Poulat dont la vitalité intellectuelle demeure intacte à 90
ans.)
Enfin, l'autre injustice de taille du système de retraites
actuel concerne les mères de famille. Ce sont pourtant leurs enfants qui paient les retraites... des autres. Et la réforme Sarkozy se fera aussi sur leur dos, comme le souligne
l'Union des familles en Europe : ayant besoin de plus de temps pour élever leurs enfants, les mères de famille ont des carrières plus courtes (quand elles en ont) et moins valorisées que les
autres.
Où l'on voit, ici comme ailleurs, qu'il n'y a pas de solution sociale
en dehors de l'Évangile, comme l'enseignent les papes.
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